Sabah Zouein
1954 (Beyrouth, Liban)-
Critique littéraire au journal an-Nahar, Sabah Zouein a publié quatre recueils de poèmes en français et trois recueils en arabe dont Le Temps est toujours perdu (1993). Son compatriote Abdo Wazen parle d’elle en ces termes : « C’est dans la poésie que Sabah Zouein cherche, avec une étrange obstination, la poésie. Elle la trouve, l’imagine et en fait des variations. La poésie reste un désir enfoui au fond de son cœur, c’est pourquoi le point de départ de sa propre poésie n’est pas fixe. Elle est en projet permanent ». L’extrait suivant été traduit par elle-même.
Le temps est toujours perdu
(Extrait)
Elles se lavent avec de la terre, elles se jettent intenses entre le visage blanc et la pierre.
Ou la pierre du non-temps, la blancheur de mes limites.
Ou mon front en une parole. Le front, ou les débris de la forme.
Lorsque je vois et lorsque la rivière, la pierre brillent comme l’instant du néant.
Je me suis enivrée d’une parole coupable. Je m’enivre du temps réduit à néant.
Mais la parole ici est dans sa possibilité. Ou brille le front.
L’écriture est toujours dans ses limites possibles. Où se trouve le non-lieu alors?
Radieuses sont-elles. Et je me suis enivrée. Je me suis aussi enivrée de l’absence de mes lieux.
Elles sont sorties du fond de l’erreur. Elles se dressent sur le bord de la parole.
Mon non-lieu n’est pas l’éternité. Mon lieu blanc, la peur vraie.
L’éternité est possible. Donc tiède. Quant à mon lieu extrême comment je l’ai trouvé ?
Je suis dans le lieu le plus difficile. Et le lieu de démarcation est plus loin que l’éternité. Comme la tentative dans le non-lieu.
Terre fautive comme ses lettres premières et je me suis penchée jusqu’au crépuscule.
Le soleil est maintenant comme le’ couchant, et dégringolent les pierres premières, nous avons dégringolé avec elles dans le non-mot.
Le lieu grandit dans leur cœur. Il grandit dans la clarté de la mort.
Lorsqu’elles sont tombées dans la distance de mes signes, je tombe entre les moments intenses et le lieu de la fin.
Chaque fois que je quitte les lieux de nos signes et que tombent des mots et des paroles, lorsque de noire signe elles n’arrivent pas à sortir : qu’est le temps possible?
Parce qu’un soleil a resplendi sur mon sens, aussi parce que je nie suis enivrée de souvenirs. Elles ont donc couru vers Babylone et je cours dans la blancheur.
Le soleil est donc sur les lettres de Babylone, la lumière est donc mon non-lieu du doute.
Lorsque s’accumulent les moments autour de l’unique lieu, donc, lorsque nous nous sommes penchés sur le caractère et que le mot est apparu; le mot, à la limite de mon ultime non-lieu.


