Ghassan Zaqtane
1954 (Beit Jala, Bethléem, Cisjordanie)-
En 1967, Ghassan Zaqtane part avec sa famille pour Amman puis Moscou où il finit ses études secondaires. Il rejoint les organisations palestiniennes à Beyrouth en 1979 et part pour Damasse en 1982 après l’invasion israélienne. Il s’installe en 1986 à Tunis, où il dirige quelques années plus tard la revue littéraire al-Bayadir (Aires). Journaliste, rédacteur en chef de la revue publiée par La Maison de la Poésie de Palestine al-Chou‘raa (Les poètes), il vit aujourd’hui à Ram Allah. Auteur de différents recueils poétiques on retiendra en particulier Bannières (1984), L’héroïsme des choses (1988) et Ciel léger (1992). Sa poésie qui se nourrit de fines observations, capte l’éphémère avec des images dissonantes et morcelées qu’il transforme en ex-voto à la mémoire blessée.
Paysage
Ils s’élèvent sans un regard
Leur silence couvre leurs présences
Leurs propos diminueront tout en haut.
Dans les plaines, le sommeil de la création
Et la solitude des tués
Résonnent clairement.
En bas…
Les carillons du regret profond s’élèvent
En bas… les arcs des collines répartissent la lumière blafarde
En bas… les lieux se rejoignent…
Et l’on peut voir l’immensité de la terre
Où sans aucune intention ils s’assiéront.
Présence
Il est là qui mêle tout dans la nuit
Qui empoigne le cœur
Et illumine la chambre des morts.
Le chien soudain se tait
Les meubles se font plus sombres.
Soudain…
Le jasmin cogne ses branches contre la vitre.
Des pas gravissent les trois marches
Des pas dans le couloir
Des pas dans l’ombre
Des pas… comme l’absence.
Les fleurs depuis deux jours fanées
Relèvent leurs pétales…
Au tableau, le joueur de luth
Relâche les doigts…
Soudain…
La poignée de la porte !
La complainte du mari
La nuit
Lorsque mon miroir sèche et que crie mon mari
Qu’une fenêtre, en rafale se lève
Devant ma maison, sur le muret
Qui semble plus haut dans la nuit,
… Tu es là-bas, nette et tranchée devant le feu
Ta voix effleure les objets…
Souvenir de nos pas sur le seuil,
Souvenir de deux palmiers à la hauteur obscure
Souvenir de l’attente du fleuve,
Souvenir…
… Nulle fleur sur le marbre
Nulle litanie dans l’air
La méditation des roues luit sur la boue des champs.
Une obscurité bat de toute sa vivacité… et se pose
Souvenir
Puis souvenir
Puis mon odeur…
Rien que mon odeur.
(Layla al-Massri)


