Abdo Wazen

1957 (Beyrouth, Liban)-

 

Poète et rédacteur en chef de la page littéraire du journal Al Hayat, Abdo Wazen est aussi traducteur de divers poètes européens dont Jacques Prévert. Six recueils de poèmes et un récit érotique Le jardin des sens, interdit par la censure, participent d’une œuvre marquée essentiellement par une réjouissante liberté de langage. Parmi ses recueils de poésie citons La forêt close (1982), L’œil et l’air (1985) et Les portes du sommeil (1996) d’où sont tirés les poèmes qui suivent.

 

 

Silence

 

D’un silence fané, la pierre prête l’oreille à la lumière que le ciel inaugure et à l’or que la plaine exhale.

 

La pierre n’a pas de mémoire mais du silence.

 

La pierre, fleur de l’oubli qu’aucun soleil n’a brûlé.

 

 

La forêt du sommeil

 

Les deux mains que j’ai abandonnées

M’accompagnent comme une lune

 

Au jour, elles se dessinent comme deux arbres sur le chemin

Et le soir lorsque s’écoulent les eaux des rêves

Elles me devancent vers la forêt du sommeil

 

Les deux mains que j’ai abandonnées

S’ouvrent comme deux papillons dans mes yeux.

 

 

Fruit

 

L’oiseau guette l’arbre de son rêve.

 

L’arbre guette son oiseau

Comme un fruit qu’il n’a pas porté !

 

 

Les jours absents

 

La nuit n’est pas faite pour dormir comme la pierre ou les plaines, mais pour ouvrir les yeux, non pour voir mais pour ne se souvenir que de nos jours absents, pour polir, tel un miroir, notre silence et éclairer le ravin de nos illusions.

 

La nuit n’est faite que pour être accomplie comme une fleur et descendre comme les pains du ciel.

 

Aussi longtemps que les veilleurs trempent leur pain dans son calice oublié sur leur table, la nuit demeure.

 

 

Hivers

 

L’arbre que le froid a visité, ses branches l’ont lâché

avec les fleurs qui longtemps ont fait ses rêves.

 

L’arbre que la lune a brisé dans son hiver,

Est resté seul

La plaine ne rend pas sa solitude affable,

Ses souvenirs se sont pétrifiés.

 

Si l’arbre pouvait se suicider

Il le ferait sans regret.

 

Mais.

 

Obscurité

 

La nuit, c’est le début du monde !

Avez-vous vu comment l’obscurité m’a rendu visite,

Comment mûrit une étoile à pleine paume ?

 

La nuit, c’est le bout du monde !

Avez-vous vu comment je me dresse tel un arbre vigilant,

Comment je traverse les portes du sommeil ?

 

 

Désert

 

Sa fleur seule peut gommer la nuit

 

La nuit, c’est le désert de l’œil

Le sceau de la féminité

 

L’œil aura sa dernière nuit

Comme la nuit a son premier rayon.

(A. K. El Janabi et Mona Huerta)


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