الأرشيف اليومي : أبريل 20th, 2007

Issa Makhlouf

1955 (Zghorta, Liban)-

 

Poète et essayiste, Issa Makhlouf est docteur en anthropologie sociale et culturelle. Il réside à Paris depuis 1979. En 1983, il fonde la section culturelle de la revue al-Yom Assabeh (Le septième jour). Journaliste, il travaille à la radio arabe de l’Orient qui émet de Paris. Traducteur et auteur de divers recueils poétiques en arabe et en français, on retiendra notamment Face à la mort, une étoile a ralenti (1981), Statues pour la clarté du jour (1984), La solitude de l’or (1992) et Rêves d’Orient (Borges aux confins des mille et une nuits (1997).

 

 

Nous voyageons

 

Nous voyageons

Pour nous éloigner de l’endroit qui nous a enfanté et voir l’autre côté du levant.

Nous voyageons à la recherche de nos enfances, des naissances qui n’ont pas encore eu lieu.

Nous voyageons pour achever les alphabets incomplets.

Pour que l’adieu soit merveilleux, plein de promesses.

Pour nous éloigner comme le crépuscule qui nous accompagne et nous fait ses adieux.

Nous déchirons les destins et éparpillons leurs pages dans le vent avant de trouver – ou ne pas trouver – notre histoire dans d’autres livres.

Nous voyageons vers des destins non écrits.

Pour dire à ceux que nous avons rencontrés que nous reviendrons les voir de nouveau.

Nous voyageons pour apprendre le langage des arbres qui ne voyagent pas.

Pour faire briller le tintement des cloches dans les vallées saintes.

Pour chercher des dieux plus miséricordieux.

Pour ôter aux étrangers les masques de l’exil.

Pour confier aux passants que nous sommes comme eux des passants, que notre séjour est éphémère dans la mémoire et l’oubli.

Loin des mères qui allument le cierge de l’absence et aplanissent la couche du temps chaque fois que leurs mains s’élèvent vers le ciel.

Nous voyageons pour ne pas voir nos parents vieillir et ne pas lire les jours sur leurs visages.

Nous voyageons à l’insu des vies gaspillées d’avance.

Nous voyageons

Pour avouer à ceux que nous aimons que nous les aimons toujours, que l’éloignement ne saurait nous étonner, que les exils sont aussi doux et frais que les patries.

Nous voyageons pour sentir qu’au retour au pays nous sommes partout des étrangers.

Patrie, première émigration. Ainsi subitement, nous éloignons nos ailes des balcons ouverts au soleil et à la mer.

Nous voyageons pour abolir toute différence entre les airs, les eaux, le ciel et l’enfer.

 

2

 

Nous nous moquons du temps. Nous nous asseyons et regardons l’horizon. Nous voyons les vagues sautiller comme des enfants. La mer fuit devant nous entre deux bateaux : l’un en partance, l’autre, en papier, dans la main d’un enfant.

Nous voyageons comme le clown qui se déplace de village en village, et avec lui ses animaux qui donnent aux enfants leur première leçon d’ennui.

Nous voyageons pour tromper la mort et la pousser à nous poursuivre d’un endroit à un autre.

Et nous voyagerons jusqu’à ce que nous ne retrouvions plus notre trace.

Pour nous perdre et que personne ne nous retrouve que lorsqu’il sera trop tard.

 

(Traduit par l’auteur, revu par Mohamed al-Yamani)


 Issam Mahfouz

1939 (Marjayoun, Liban)-

 

Issu de l’équipe de la revue de Youssef al-Khal, Ch’ir, Issam Mahfouz est un poète, un essayiste et un auteur dramatique reconnus. Critique et directeur littéraires durant de longues années au journal an-Nahar, son goût du jeu le pousse, en 1999, à quitter ce quotidien, où il a fait toute sa carrière, pour tenter l’aventure du nouvel organe de presse Al Moustaqbal. Ses premiers recueils de poésie : Choses mortes (1959) et Les herbes de l’été (1961) révèlent aux cercles littéraires d’avant-garde libanais un poète sensible et nostalgique. Une anthologie de ses poèmes Première mort (1973) inspire ce commentaire à Vénus Khoury-Ghata : « Issam Mahfouz est un architecte du poème. La femme aimée devient un personnage. Les gestes, les mouvements sont réglés selon une nécessité intérieure ; la lumière elle aussi a son rôle à jouer dans ses poèmes mis en scène, mis en pages ; même le rideau, qui est chez-lui un mot-clé, contribue à signifier la transposition sur une scène [puisque] sa poésie est le prolongement de son théâtre ».

 

 

Fatigue d’un soir de trente-deux décembre

 

J’ai laissé à ta porte toutes choses

Les fées de la maison et les psaumes

Les avions et les bateaux en papier.

J’ai laissé à ta porte toutes choses

Hier quand je t’ai quittée.

 

Plus je vais loin

Plus mes cheveux s’allongent

Plus mes mains s’allongent

Plus je vais loin

Plus il me semble voir ton ombre derrière moi.

 

La terre tourne.

 

Les fruits de l’hiver et de l’été entre mes yeux

Le soleil et l’automne entre mes yeux

Et tout l’or du monde

Et moi

Et toi.

 

Entre nous deux un signe

Un théâtre ambulant

Une épée d’argent

Un corbeau perdu.

Entre nous deux un arc-en-ciel.

Tes amants sont nombreux et m’ignorent

Tes objets sont partout

Tes prix

Tes médailles

Tes livres

Tes domestiques

Les cireurs de tes souliers

Et moi je regarde et j’oublie.

 

Quand tonnent les grèves

Quand se font écraser les armées

Et les mots justes et les cris

Je sens ton odeur.

Quand surviennent les pleurs et le pain piétiné

Les routes désertes et la Marseillaise

J’entends ta voix.

Quand j’entends ta voix

Quand j’entends le cor des chasseurs

J’entends ton silence.

Quand je me dénude devant le miroir

Je m’esclaffe et caresse mon sexe,

Quand je mets ma main

Sur ma main

Et que je me noie dans le miroir

Je te vois.

Quand me prend un chant

Et des crépuscules blancs

Quand je parcours des routes et des routes

L’heure qui précède le sommeil

Je sens ton souffle.

 

Je t’enterre dans les promenades

Dans les conversations

Dans les mots

Tu lèves la tête.

Je me suis épuisé à marcher

La route est longue et tu es derrière moi

Je te perds dans les jours de travail

Et tu me trouves.

Je te disperse dans des rires

Et des gestes étudiés

Et tu te ramasses devant moi.

Je te cache parmi les papiers et les lettres

Je te presse entre mes bras

Entre mes lèvres

Entre deux frissons

Et tu me dévoiles.

Je te crucifie avec les rois des cartes à jouer

Avec les chiffres qui gagnent et qui perdent

Et tu descends vers moi.

Je t’emprisonne dans mes coffres

Dans les boîtes de mes tristesses

Et tu t’échappes.

Je te dispute aux gens de l’intérieur

Je te dispute aux gens de l’extérieur

Et tu files.

Je te trahis dans les esplanades

Dans les cafés

Dans la salle de cinéma

Dans les fêtes

Dans les conférences

Dans les boutiques et dans les marchés

Achalandés ou non

Pour quelque chose pour rien

Et tu me pardonnes.

Il n’y a plus de planète pour m’échapper

Il n’y a plus de lieu

Il n’y a plus de temps.

Je reste debout

Sur le sommet

Entre moi et la terre

Une distance pour tuer

Entre moi et la terre toi.

 

Peux-tu me pousser avec la pointe de ton doigt sacré

Peux-tu me pousser

Peux-tu me pousser.

(Vénus Khoury-Ghata, A. K. El Janabi et Mona Huerta)


Dhabya Khamis

1958 (Dubaï, émirats Arabes Unis)-

 

Dhabya Khamis a fait ses études aux états-Unis et en Angleterre. Journaliste de télévision elle a publié deux recueils de nouvelles, un essai sur la poésie et le féminisme et a traduit la poésie d’avant-garde européenne. Divers recueils poétiques sont à noter à son actif. Parmi eux, on retiendra Un pas sur la terre (1981), Poèmes d’amour (1985) et Un suicide très tranquille (1992). Vive et ardente, sa poésie s’inscrit dans un courant de lutte pour la liberté de la femme.

 

 

Langue secrète

 

La peau de la femme rêve à celui qui la lèche

Sa chevelure rêve à la main qui la démêle

Sa main rêve à la sueur nichée au creux de l’autre main

Ses deux lèvres rêvent à l’ardeur du baiser

Ses deux genoux rêvent à deux baisers différents

Le téton rêve d’un ardent téteur de sein

Le cou rêve à celui qui l’embrasse avec une tendresse douloureuse

Le corps rêve à celui qui l’étreint sans répit

Le cœur rêve que ses battements conversent avec un autre cœur

L’esprit rêve à celui qui l’héberge

Les deux pieds rêvent de marcher avec cet hôte

Et les deux bras rêvent de le bercer pour l’endormir

Les deux yeux rêvent à une langue secrète qui n’a pas besoin de mots

L’oreille rêve d’entendre son nom dans l’imagination de l’autre

Quand tout est sec, les rivières rêvent d’exubérance.

 

 

Esprit ancien

 

Les mots sont des têtes surgissant du nombril de la vie

Comme toi qui, d’une galaxie mystérieuse, viens me rejoindre

Tendres sont tes yeux qui lavent mon visage de rosée

Les pieds de l’ange fugace ont trébuché

Sur la rose inattendue de l’amour

Il existe des choses et des situations que l’on n’ose invoquer

Mais que l’on désire avec une piété ardente

On voudrait que l’univers nous les offre

Sans que le moindre son jaillisse de nos lèvres

Ce sont les traces des royaumes de l’esprit ancien

Qui, en nous, subsistent

Et que la main de la connaissance n’a pas atteint.

 

Naphtaline

 

Piège de l’existence conduisant

à un suicide exemplaire

Telle est la vie ordinaire d’un corps

Qui mange, dort et observe le monde

Jusqu’à être envahi de naphtaline

Apogée des désirs accomplis.

 

Visage sans surprise

Et choses abandonnées par la chaîne des temps.

 

(Antoine Jockey, A. K. El Janabi et Mona Huerta)


عبدالقادر الجنابي


نشر محمد بنيس، في جريدة “القدس العربي” (يوم 2، و3 آيار)، مقالا حول مؤتمر قصيدة النثر في بيروت. هنا تعقيب نشرته “القدس العربي” يوم الثلثاء 6 آيار 2006

قرأت مقالة محمد بنيس، ووجدت فيها ملاحظات مهمة خصوصا في الجزء الأول منها… بعضها يكاد أن يكون معروفا في كتب النقد والآخر تكرارا حرفيا لما كتبته، مثلا، في كتابي “رسالة مفتوحة إلى أدونيس”: “إن المرعب في الأمر هو أن أدونيس انتظر ظهور أطروحة دكتوراه لطالبة اسمها سوزان برنار، حتى يدرك أن هناك شعرا أسمه قصيدة نثر، جاهلا أن ثمة قرنا من النتاج الغزير والتطورات حد أن قصيدة النثر نفسها لم تعد تسمى قصيدة نثر وإنما قصيدة فحسب” (دار الجديد، بيروت 1994/ صفحة 52). أو حول أهمية كتاب برنار سوزان، في كتابي الذي صدر عن دار النهار (2001) “الأفعى بلا رأس ولا ذيل: انطولوجيا قصيدة النثر الفرنسية”: “… في نظر النقاد، لطروحات سوزان برنار أهمية واحدة في فرنسا هي تذكير الجامعة بقصيدة النثر كجنس أدبي يجب أن يُدرس (صفحة 137). وبالمناسبة الأنطولوجيا هذه عُتم عليها، رغم أنها أول تعريف دقيق بقصيدة النثر عبر النموذج والتنظير (ويجد معظم مواد الكتاب في ثقافات إيلاف)… وكما كتبت في النسخة المهداة إلى الصديق أمجد ناصر: “تصور ماذا كان سيحدث للشعر العربي لو كانت هذه الأنطولوجيا قد صدرت عام 1960؟ “. أنا أعتقد أن الخطأ الرئيسي الذي ارتكبته مجلة “شعر” هو انها لم تخصص أي عدد، أو ملف، لنموذج قصيدة النثر الفرنسية، وإنما اكتفت بمقالة أدونيس الذي لا توحي أنه قرأ الكتاب وإنما قرأ عرضا صحافيا طويلا للكتاب نشرته أسبوعية لويس أراغون “الأداب الفرنسية”. (سأدلل بالنص على ما أقول في مناسبة أخرى). أما ملاحظته حول عدم ذكر قصيدة النثر في مؤتمر روما، فالجواب هو أن مجلة “شعر”، خصوصا في حقبتها الأولى، كانت تعتبر كل محاولات الماغوط، شوقي أبي شقرا وآخرين شعرا حرا وليس قصيدة نثر والبرهان ان الخال في إحدى إعلانات مجلة شعر للكتب التي صدرت عن دار “شعر”، لم يعرف أي كتاب شعري بقصائد نثر، وإنما بـ”شعر”، باستثناء “لن” أنسي الحاج الذي عرّفه كقصائد نثر.

دفعتني مقالته، من ناحية أخرى، إلى أن أتساءل: لماذا لم نر لمحمد بنيس قبل هذه الآونة أي إيضاح، أو مقال نقدي أو عرضي حول فوضى مصطلح قصيدة النثر؟ مع العلم أنه أصدر كتبا عديدة تتناول الشعرية العربية الحديثة، بل حتى لم ينشر في دار توبقال كتابا واحدا يتناول مسألة قصيدة النثر أو أنطولوجيا لقصيدة النثر… لماذا الآن وبهذا النفس اللاهث بمونتاج من الاقتباسات التي غالبا ما ينقصها رابط منهجي، بل منزوعة من سياقاتها النظرية كعبارات مالارميه التي هي تتعلق بـ”أزمة النظم” وعبارات باوند المتعلقة بقضايا الشعر الحر، وليست أبدا في مسالة قصيدة النثر…. هكذا نتفة من هنا ونتفة من هناك حتى يبدو وكأنه قد أطلع على كل التجارب والأفكار وهو العارف الوحيد بباطن الأمور، بينما تكشف مقالته عن خلط واضح وفهم غير دقيق لكثير من الأمور التي تطرق إليها. فمثلا أطلق جزافا “آية توراتية” على قصيدة يوسف الخال لأنها تناولت موضوعا مسيحيا. أين هو التفخيم أو الاسترسال المديد النفس الذي هو من صلب الآية” سواء كانت توراتية أو على طريقة سان جون بيرس. قصيدة يوسف الخال التي اخترتها في كتابي وفي مختارات “القدس العربي”، أولا لأنها مكتوبة عن وعي كقصيدة نثر ويجب أن تُضم مثلما ما يقارب ثلاثين قصيدة في كتاب بودلير لا يعتبره بعض النقاد قصائد نثر وإنما طروحات فلسفية ويوميات ومع هذا تؤخذ كقصائد نثر بل كقصائد مؤسِسة، وثانيا قصيدة الخال هذه على عكس الآية تنطوي على عنصر سرد واختصار وتوتر ربما إيماني لكنه جزء من عناصر قصيدة النثر، بل حتى على عنصر اللاغرضية، إذ لم تنطو على حكمة أخلاقية واضحة ولا نهاية معلومة من تناوله “العشاء الأخير”. وهناك عشرات من قصائد النثر الفرنسية التي تتناول مواضيع مسيحية كقصائد السجالي المسيحي ليون بلوا في نهاية القرن التاسع عشر، بل النبرة المقطعية في قصيدة الخال، تتواجد في عدد كبير من قصائد النثر الأمريكية المعاصرة.

في نظري، لم يأت محمد بنيس، في كل هذه المقالة، بجديد مفيد يدخل في صلب النقاش الدائر حول قصيدة النثر، سوى اعترافه بأنه هو “الآخر وقع ضحية عدم تدقيق الترجمة، عندما استعمل، من قبل، المتداول من غير انتباه”، موضحا “إن الشاعر العربي، الذي لم يعرف قواعد (لا أقول قوانين) هذا الجنس، ظن أن ما يكتبه في شكل أبيات شعرية تتخلي عن الوزن (والقافية)، هو قصيدة نثر، فيما كل استعمال للبيت، بصرف النظر عن شكل البيت، يخرج القصيدة، في عرف معلميها، بودلير وملارمي، ونقادها ومنظريها، من قصيدة النثر ويلحقها مباشرة بالقصيدة، قصيدة الأبيات… وعندما نكتب قصيدة أبيات غير موزونة (وغير مقفاة، لأن هناك من ينبذ الوزن ولكنه يستحلي القافية) فلنا آنذاك أن نبحث لها عن اسم وعن تصنيف”. حبذا لو يعترف كل شعراء قصيدة النثر العربية المشطرة بهذا، ويحاولون إيجاد اسم آخر غير قصيدة نثر، على جل نتاجهم المشطر أبياتا سواء موزونة أو غير موزونة.

لكنني أستغرب من ترجمة محمد بنيس لعبارة Poème en prose بـ”قصيدة في حالة نثر”، وحرف الجر الفرنسي هنا En  لا يعني بتاتا “في” أو “في حالة”، وإنما يدل على “مادة” أي أن القصيدة “مادتها en” نثر. (افتح أي كتاب مدرسي يتعلق بالنحو الفرنسي وكتاب صعوبة اللغة الفرنسية وتجد معنى حرف الجر الفرنسي هذا في هذا الاستخدام « En » désignant la matière، ولذلك اتفق النقاد الأمريكان والانجليز كلهم على ترجمة المصطلح الفرنسي بـ Prose poem وليس بـPoem in prose كما حاول البعض ترجمته في بدء خمسينات القرن الماضي، وترجمه توفيق صايغ في “حوار” بـ”شعر بالنثر”)، لأن المعنى المراد هو “القصيدة مادتها نثر” أي “النثر قصيدةً” وليس القصيدة في حالة من النثر. كما أن من الخطأ جعل بودلير ومالارميه سيدين مطلقين، فقصيدة النثر لم تكتمل ولم تصبح جنسا أدبيا إلا على يد ماكس جاكوب الذي خلص قصيدة النثر من الأغراض الرمزية والبلاغة البارناسية ومن أسلوب اليوميات، ووضعها في كتلة مؤطرة ترتكز على ثلاثة أعمدة: ايجاز، توتر ولا غرضية، أعمدة يتفق عليها جميع النقاد اليوم. (انظر مقدمته لـ”كوب الزار”، في “الأفعى بلا رأس ولا ذيل” صفحة 161). كم كانت فرحتنا تزداد لو أعلمنا أن القارئ العربي لم يقرأ للآن كتاب سوزان برنار بترجمة صحيحة فترجمة راوية صادق يعج بالأغلاط الفاحشة وبعدم فهم الفقرات الفرنسية، بل هذه المترجمة لم تكن قادرة حتى على وضع مقابل عربي لعناوين كتب الشعر المذكورة، كعنوان كتاب فرانسيس بونج:  Le Parti-pris des choses فترجمته بـ”الرأي المسبق للأشياء”!!! بينما الترجمة الأدق هي: “التحيّز للأشياء”.

ما يهمني الآن، وهذه هي الغاية من ردي هذا، أن أقول إن محمد بنيس ارتكب خطأ يعبر عن سوء نية أكثر مما عن جهل، عندما كتب في مقالته: “حتى عبد القادر الجنابي (المدعو الغائب) لم يعثر في ما كتبه شعراء المغرب العربي على قصيدة واحدة تستحق أن تدرج ضمن القصائد النموذجية التي اختارها لشعراء يمثلون برأيه هذه القصيدة”. آمل أن لا يكون السبب وراء مرارة محمد بنيس في مقالته هذه من التغييب الذي تم بحق المغاربة في مؤتمر بيروت، لأنهم لم يدعونه… 

 أقول “سوء نية” لأن لديه نسخة من انطولوجيا “كآبة الصحراء” التي أعددتها لدار نشر باريسية، وصدرت (عام 2001) محاكاة لعنوان بودلير “كآبة باريس”، التي ضمت قصائد نثر عربية تتطابق والنموذج الفرنسي، وهي أول محاولة من هذا النوع.. وكان فيها نموذجان لشاعرين مغربيين هما حسن نجمي ومبارك وساط… وفي الحقيقة لم أستطع ضم عدد كبير من قصائد النثر لعرب آخرين لأن الناشر الفرنسي فرض علي آنذاك بعدد محدود من الصفحات لاتتجاوز الـ 80 صفحة وبلغتين الفرنسية والعربية، مما ضيق علي المساحة واضطرني للاقتصار على حد أدنى من الاختيار. ولدى محمد بنيس نسخة من كتابي هذا!

لم يسم محمد بنيس في مقالته أي شاعر لديه نماذج شعرية تنطبق عليها مواصفات قصيدة النثر الأوروبي. آمل أن لايخرج علينا محمد بنيس بكتل يسميها قصائد نثر وبالتالي يتهمنا بأننا تجاهلناها. نعم! هناك شاعران مغربيان، على حد علمي، لهما ما يكفي من القصائد التي تلبي شروط قصيدة النثر الفرنسية هما محمود عبد الغني وجمال بدومة.. وكان بودي ضم أحدهما في هذه المختارات التي نشرت في “القدس العربي” على الأقل. وبالفعل طلبت من الشاعر الصديق محمود عبد الغني أن يرسل إلي قصيدة سبق أن قرأتها في ديوان له تحت عنوان “ماكس جاكوب” لأني أتذكر جيدا أنها جد قريبة من النموذج الأوروبي، فلم يستطع إرسالها، لأنه كان في سفر، فأرسلَ، بدلا منها، ثلاث قصائد أخرى لم استطع أن أختار واحدة منها، ولا من قصائد جمال بدومة التي لدي، ليس لأن المساحة محددة صفحة واحدة من الجريدة فحسب، بل لسبب رئيسي: هو اني اتفقت مع الشاعر الصديق أمجد ناصر أن تكون المختارات صارمة، أي أن تعبر بالأخص عن اللاغرضية… تاركا أمر القصائد التي تتباطأ في هذا الشرط الأول والأخير في قصيدة النثر العالمية، إلى الأنطولوجيا التي آمل أن تصدر كتابا تحت عنوان “أنطولوجيا قصيدة النثر العربية” والشيء الصادم فيها سيكون غياب تام لقصيدة النثر العربية المشطرة … ثم تليها أنطولوجيا ثانية تحت عنوان “الوزن المفقود: الشعر الحر الجديد” وتضم مختارات من أفضل قصائد النثر العربية المشطرة السائدة.

في الوقت الذي كان فيه محمد بنيس معاديا لكل تجارب ما يسمى قصيدة النثر المغربية التي أخذت تتصاعد في مطلع تسعينات القرن الماضي، كنت (وأقولها باعتزاز) المشرقي الوحيد الذي فسح المجال كله لموجة شعراء المغرب الجدد، حد التواطؤ معهم في كل “غاراتهم” الشعرية. أريد هنا التالي: لايحق لمحمد بنيس أن يتكلم باسم قصيدة النثر المغربية، إذ ليس له ضلع لا في تاريخها القاسي ولا في مسار قصيدة النثر عموما. لقصيدة النثر المغربية شعراؤها المؤهلون لمواجهة أي غبن يتم بحقها، خصوصا داخل حدودها. ليعلم القارئ أني لم أكتب ردي هذا من باب تصفية حسابات كما يعملها عدد من شعراء اليوم. كلا. محمد بنيس صديق عزيز علي وأبدى عدة مرات استعداده لتلبية أي شيء اطلبه، دعوة، نشر..الخ وإنما كتبته توافقا مع عبارة نيتشة “لأجعل الآفات المتخفية أو البالغة الدقة بادية للعيان”.

قصيدة النثر العالمية نموذجا وتنظيرا… 
عبدالقادر الجنابي

عبدالقادر الجنابي: ماهي قصيدة النثر؟
الجنابي يرد على بنيس
أمجد ناصر: طرق منحرفة إلى قصيدة النثر
هذه هي قصيدة النثر العربية المطلوبة
ليغرّد النثر عارياً ويسكت ملاك النظم
قصيدة النثر ما قبل بودلير: برتراند ودومييه

بودلير: البيان الأول و13 قصيدة نثر
ستيفان مالارميه: قصيدة النثر كامّحاء الشاعر

قصيدة النثر: سماتها الخارجية والداخلية

إليوت وقصيدة النثر: هستيريا عند تخوم النثر

جاكوب: إعادة صياغة مفهوم قصيد النثر

السوريالية وقصيدة النثر: بروتون وايلوار
لوتريامون وبيرس وقصيدة النثر

قصيدة النثر المفتوحة: ميشو، شار وبونج

رعاة قصيدة النثر الأمريكية
جروترود شتاين: قصائد نثر تكعيبية
رسل ايدسن: لا كمال لقصائدالنثر
نحن الشعراءُ الذعرُ وصيـّـتـنا

قصيدة النثر العالمية نموذجا وتنظيرا….

Samih al-Qassim

1939 (Zarqa, Jordanie)-

 

Chantre du patriotisme palestinien et du nationalisme arabe, collaborateur en Israël des publications communistes al-Ghad (Demain), al-Ittihad (L’Union) et al-Jadid (Le Nouveau), Samih al-Qassim, qui n’a jamais quitté la Palestine, est avec l’écrivain Issam al-Khoury le fondateur des éditions Arabesques de Haifa. Auteur d’une quarantaine d’ouvrages (poésies, nouvelles, pièces de théâtre, essais) et directeur de la rédaction du journal Kol al-Arab (Tous les Arabes), édité à Nazareth, il a été décoré de la médaille de Jérusalem par le président Yasser Arafat. Une anecdote sur laquelle il revient marque sa détermination à témoigner par l’écriture : « Son père était capitaine dans l’armée des frontières. À cette époque, les soldats résidaient là-bas avec leurs familles. Revenant par le train en Palestine, avec les siens, en pleine Seconde Guerre mondiale et régime de camouflage, l’enfant Samih se mit à pleurer. Effrayés, les autres voyageurs craignirent d’être repérés par les avions allemands. Leur peur fut telle qu’ils menacèrent de tuer l’enfant. Son père se vit alors dans l’obligation de sortir son arme pour les en dissuader. Plus tard, lorsqu’il entendit cette histoire, Samih en fut marqué profondément : ‘Bien, ils ont essayé de me faire taire dès l’enfance, je leur montrerai ; je parlerai quand je voudrai, et aussi haut que je pourrai. Personne ne me fera taire’ ».

 

[Je t’aime au gré de la mort (éditions de Minuit, 1988), Une poignée de lumière (Circé, 1997)].

 

 

Testament d’un homme qui meurt en exil

 

Allumez le feu

Pour qu’au miroir des flammes

Je voie la cour de la maison, le pont

Et les champs dorés.

Allumez le feu pour que je voie mes larmes

La nuit du massacre

Que je voie votre sœur, cadavre

Au cœur déchiqueté comme un oiseau

Par les langues et les vents métis

Allumez le feu pour que je voie

Votre sœur comme un cadavre,

Le jasmin comme un linceul

Et la lune comme un encensoir

La nuit du massacre

Allumez le feu pour que je me voie mourir

Mon soupir désespéré sera votre héritage,

Mon soupir désespéré

avant que le jasmin ne devienne témoin

Que la lune ne devienne témoin

Allumez le feu pour que vous puissiez voir

Allumez le feu…

 

 

Histoire d’un homme bizarre

 

Il s’est dressé au bout de la route,

Debout comme un épouvantail planté dans le vignoble

Au bout de la route

Comme l’homme du panneau indicateur

Au bout de la route

Un vieux manteau sur l’épaule

« L’homme bizarre » est son nom

Les maisons blanches lui ferment leurs portes

Seuls les buissons de jasmin

Aimaient son visage luisant d’amour et de haine

… … …

« L’homme bizarre » est son nom

Et le pays souffrait de la tristesse et des sauterelles

Ce qui devait arriver arriva

Il s’avança soudain un jour

Et son cri résonna dans la cour des maisons blanches

Les vieux, les enfants, les hommes et les femmes

S’y pressaient en foule

Ils le virent mettre le feu au vieux manteau

(le vieux manteau sur l’épaule)

Et ce qui devait arriver arriva

 

Le ciel fut étouffé par un nuage vert

Un nuage blanc

Un nuage noir

Un nuage rouge

Un nuage mystérieux sans couleur

Ce qui devait arriver arriva

L’éclair et le tonnerre surgirent

Et il plut à verse

« L’homme bizarre » est son nom

Seuls les buissons de jasmin

Aimaient son visage luisant d’amour et de haine

Et les maisons blanches se mirent à l’aimer.

 

 

Les chauves-souris

 

Les chauves-souris sont sur ma fenêtre

Elles aspirent ma voix

Elles sont à l’entrée de ma maison,

Derrière les journaux et dans les recoins

Elles épient mes pas et le moindre de mes gestes

 

Les chauves-souris sont sur le siège

Dans les bas-fonds,

Dans la vitrine et sur les jambes des filles

Comment ont-elles pu attirer mon attention

… … …

Les chauves-souris sont sur le balcon de mon voisin

Elles sont comme un dispositif caché dans le mur

Les chauves-souris sont prêtes à se suicider.

… … …

Je creuse un chemin vers le jour !

 

 

Le voyageur

 

Ma chanson m’écoute

Le temps est au beau fixe

Je suis fermement sur mes pieds, le vent est doux

Le langage est mon mât et la mer est paisible.

Mais,

Je n’ai point de navire !

 

Mes arbres chargés de fruits

Mes navires sont prêts

Voici les marins de mon âme

Ils implorent le moment de mettre les voiles

Les nouvelles météorologiques sont bonnes

Mais,

Je n’ai point de mer !

 

La mer, les navires, les marins

Tous m’attendent.

Mais,

Comment voyager… sans temps ?

Pour aller où… sans lieu ?

(A. K. El Janabi et Mona Huerta)


Hassan Najmi

1959 (Ben Ahmed, Maroc)-

 

Poète, journaliste, président de l’Union des écrivains du Maroc et membre fondateur de la Maison de la poésie, Hassan Najmi est responsable du service culturel du journal al-Itihad al-Ichtiraki. Il est l’auteur de quatre recueils de poèmes, d’un roman et de différents portraits de poètes comme ceux de Jaccottet, de Maïakovski ou de Joyce Mansour. Dans son dernier recueil, Petite vie (1995), vibrant d’une écriture ciselée, le sentiment de l’amitié, sang lesté d’éther au sein de la ville, s’embrase aux étincelles du quotidien.

 

Rieur

 

à Ahmed Sanoussi (Bziz)

Artiste riant qui ne change pas d’armes

 

Je le connais comme une rose connaît sa couleur. Célèbre par ses largesses. Par son ironie, le monde rentre dans un chapeau. Il n’écrit pas de poésie. Sa moquerie anime les battements du poème. Il improvise, facétieux, une chaleur pour les soirées.

Son rire est élévation comme s’il franchissait le pas vers la première Apocalypse…

Il est au rire ce que l’arbre est à la verdure. Un rire qui vient de loin, autant que les temps aqueux­. Pas aussi loin que l’eau du rêve. Un rire qui mûrit la main.. Rire d’une main qui mûrit le blé.

Le rire unique, par un seul geste, éveille désespoir et souffle.

Exactement comme je le connais, il fait rire le firmament comme si l’azur ne servait à rien.

Le rire d’abord.

La douceur d’un rire.

Le rire d’un renard à l’extrême coucher.

L’insouciance aime les trottoirs.

Là, un sourire lui tendra la main.

Une insouciance sans carte d’identité.

Le rire connaît les traits de son empreinte.

Un rire… comme le rire, ravive les balafres de l’âme.

Comme si ton regard était indifférent

­Mais, en plein courant, tu relèves la bêtise.

Le rire, sans racine, est comme la graine.

Un rire aimant­

Ha… ha. Mais il confond les pierres.

Dans la poussière du sommeil, seul ton aiguillon se lève.

Cet humour est un don pour l’intimité. éveillé comme la lumière.

Tu plaisantes en provoquant de petites idées­

Comme si tu portais la bannière.

Ton rire éclate pour que l’azur ne fasse pas le vide.

Un rire qui emploie le temps.

Le ton élégiaque qui console l’âme en débandade.

Dans quelle ombre fermente ce rire ?

 

Tu ris.

Tu fais seulement rire.

Sans occupation -

Comme un poète.

à nous aussi.

Aucun fleuve ne ment à ses rivages.

Depuis longtemps, nous levons les rideaux du rire.

Du rire… Pas exactement – Mais un flottement d’horizon

Même le geste passager ouvrent les lèvres.

Un rire qui frappe le cœur, qui mouille l’âme ainsi que la paume d’un nuage.

Les lèvres se serrent, se desserrent comme dans un baiser.

Nous plaisantons pareils à des cadavres vivants.

Puisque derrière ce parcours nulle main

Tu es venu pour ouvrir sa bouche.

Combien de rires bâilleurs attendent que tu tâtes le temps !

 

Quel humour attirent tes mains

Humour qui restitue au visage son enfance.

Je ris maintenant

Mon âge s’endort dans ton rire.

Ton rire apporte de l’eau au lit de ces vallées.

Ton rire est noble –

Fais-tu rire ces tristes dieux ?

Nos lèvres se sont pétrifiées

Comment remues-tu ces pierres ?

Nous rions, car nous n’avons pas fini de rêver.

Nous rions comme le coups n’est pas empli de nuages.

Le fou rire rit tout seul.

Le rire n’a pas d’ailes et vole dans l’âme.

Parfois le rire est douloureux.

Toujours.

 

Comme si un azur se précipitait dans ton rire.

Ces bouches obscures ne plaisantent pas.

Cadavres en avance sur la mort, éternels éphémères

Détourne-toi de ces tables qui ne boivent pas à ton verre.

De jours qui ne se réveillent pas.

Combien de rires tiens-tu à la main.

(M’hamed Hamrouche)

 Walid Khaznadar

1950 (Gaza, Israël)-

 

Après avoir quitté le lycée, Walid Khaznadar abandonne Gaza pour Beyrouth afin de poursuivre des études juridiques. Son diplôme de droit en poche, il travaille comme avocat et séjourne, dans les années quatre-vingt, entre le Liban et la Tunisie. Il s’installe en égypte avec sa famille en 1991. Seulement trois de ses recueils poétiques ont été édités à ce jour et montrent dans leur manière une certaine économie de mots et d’images.

Son lexique poétique, souligne Nouri al-Jarrah, « est certes bien ténu, comparé à celui de ses compagnons d’âge, Nazih Abou Afach, Abbas Baydoun ou Wadi’ Sa’ada. Cette question du lexique réduit devient tout à fait triviale quand on atteint à la capacité de sculpteur et de polisseur de cristal de ce poète qui travaille l’espace du poème afin d’y installer un champ de tumulte et de houle ». (La revue des études palestiniennes, printemps 1997).

 

 

Ce jour-là

 

Rien n’a changé en lui

La table et sa chaise sont sur le balcon

Son livre est ouvert à la dernière page

Son cendrier, ses papiers…

Il dessinait un brin de basilic chaque fois qu’il avait mal,

Un oiseau lorsqu’une mort était annoncée à la radio

Et après le second verre

Il dessinait des figures obscures et mystérieuses

 

Rien n’a changé en lui

Mais, depuis ce jour-là, il n’est plus revenu à sa chaise

Il n’a plus jamais accordé d’attention

Au bruit des bottes

Depuis ce jour-là son rire communicateur

N’a plus résonné dans notre maison,

Son rire insouciant et triste.

 

 

Absence

 

Sa chambre vide :

Un siège de cuir noir à droite

Un siège de cuir noir à gauche

Un tricot vert et noir, fatigué, éperdu d’amour,

Posé sur le rebord en marbre de la fenêtre

 

Rien : sa chambre vide.

Pas de vent, pas le moindre bruit

Les violettes se réfugient dans le mur

Et derrière la vitre les nuages

S’enfoncent dans l’azur impénétrable.

 

Soudain…

Un bruit étouffé et doux dans le corridor

Soudain…

Son absence ardente et profonde

Emplit la chambre.

 

 

Les maisons

 

Dans ses yeux, le nuage de l’exil.

Dans la serviette de cuir, le livre, le crayon

Et un portrait de famille

Dans ses mains l’étain des fauteuils,

L’étain des corniches et des ornières

Dans ses mains l’étain de la poignée de main.

La serviette s’est inclinée vers le mur.

Va-t-il sortir d’abord ses mémoires ou, tel un magicien, une patrie :

Une maison,

Une rue

Et une capitale.

Il a fermé les yeux

Et s’est penché sur l’épaule de ses légitimes habitudes :

Il ne se liera plus d’amitié avec un autre vase

Il ne se confiera plus à un lit prêt à exploser dès la prochaine guerre

Il ne fera plus de thé, il ne chantera plus.

Il rôdera longtemps, entre cuisine et corridor

Et prêtera l’oreille au moindre bruit venant du portail du jardin.

Rien que papiers froissés sous des pas

Qui viennent

Puis

S’éloignent

Rien que murmures dans les maisons voisines.

 

Ronce

As-tu peur d’une cage vide !

Ou d’une lettre, pliée là-bas au dessus du poêle !

Sur la haie, le parfum du jasmin lui-même

Pouvait t’avertir

La ronce, lorsqu’on passait, avait aussi son propre signal

Alors comment n’as-tu pas fait attention !

Tu as tourné la clé dans la serrure

Comme si une année entière ne s’était pas écoulée

Comme si les poussières sur lesquelles tu as laissé tes traces

Depuis la première marche avaient disparu.

Alors supporte dans le vase les roses assassinées

Supporte sur le mur les aiguilles du temps.

Regarde autour toi :

Les voilages, le miroir

Le téléphone ou la table

Ne sont pas les seuls à frémir

Les draps frémissent aussi

Comme ces mouchoirs de papier roses

Au bord desquels s’agrippent un garçon et une fille.

 

(A. K. El Janabi et Mona Huerta)


 Youssef al-Khal

1917 (al-Hosn, Syrie)-1987 (Beyrouth, Liban)

 

Poète, auteur de plusieurs recueils de poèmes et de contes Youssef al-Khal est traducteur de Pound, Frost, Whitman et du philosophe Jacques Maritain. Au début des années vingt, sa famille émigre et se fixe à Tripoli au Liban où il fait ses classes primaires et secondaires à l’école américaine de garçons. À peine a-t-il vingt ans que son premier recueil Liberté parait à l’Imprimerie catholique. Après avoir enseigné la littérature arabe à l’Université américaine de Beyrouth, il passe sept années aux Nations Unies puis revint en 1955 au Liban. Désormais, envahi par cette « volonté d’être moderne » , comme dit Ounsi El Hage, il quitte définitivement son poste à l’Université américaine à la fin de 1956 et se consacre à la revue Chi‘r (Poésie), dont le premier numéro voit le jour en janvier 1957. Cette revue est fort différente des autres publications. Sa présentation rappelle le fameux périodique américain de même nom Poetry : a magazine of verse fondé à Chicago en 1912 par Harriet Monroe. Aucun manifeste n’ouvre cette première livraison mais on peut lire sur la belle page d’ouverture un court texte du poète américain, démocrate et libéral, Archibald MacLeish. Celui-ci affirme que la poésie est en elle-même un acte politique et qu’il n’est pas nécessaire en conséquence de la soumettre à un quelconque discours idéologique. Youssef al-Khal clarifie son projet dans La tribune libanaise lors d’une allocution restée célèbre : « L’avenir de la poésie arabe au Liban ». Il s’agit pour lui de réformer la prosodie arabe en rejetant l’ancien lexique au profit d’un vocabulaire nouveau puisé dans l’expérience et dans la vie de chaque jour. Cette rénovation doit s’accompagner de nouvelles formes poétiques grâce à des contenus neufs. Pour cela les poètes doivent, selon ses conseils, évaluer la tradition intellectuelle arabe, approfondir la connaissance de la production européenne pour bénéficier des expériences poétiques étrangères et puiser leur inspiration au cœur de la vie quotidienne. La revue est publiée de 1957 à 1964 avant qu’une autre série ne soit lancée et connaisse de 1967 à 1970 une seconde vie. Chi‘r est également, tout au long de son existence, une maison d’édition qui permet la publication de textes inédits ou de traductions. Afin d’élargir le champ d’innovation au sein de la prose arabe, les membres de Chi‘r lancent une revue parallèle en 1962-1963 : Adâb (Littératures).

Al-Khal a le sentiment intérieur, dit Chawqi Abi Chaqra « d’être un chevalier, un soldat qui lutte, sur terre, et cela dans le sens métonymique et chrétien du terme, et aussi dans son sens romantique doux et charmant. Il met en valeur les idées de réconciliation qui apparaissent dans les textes des livres saints ». à l’invitation de la Fédération des associations de la Bible, il se consacre à une nouvelle traduction en arabe contemporain du Livre. Cette traduction est aujourd’hui très diffusée dans les pays arabes. En 1973, l’Association pour l’écriture et l’édition de Beyrouth publie son œuvre poétique intégrale. En 1978, Dar al-‘Awda en publie une seconde édition. La même année paraissent Lettres à Don Quichotte et La Modernité poétique. À la fin de sa vie, Youssef al-Khal s’essaie à l’écriture en libanais. Il publie un livre de contes Journal d’un chien et un recueil de poèmes La deuxième Naissance dont un extrait inaugure sa collaboration à cette anthologie.

[Lettres à Don Quichotte (éditions al-Ouns, 1988)].

 

 

La deuxième naissance

 

IV

 

Le fruit existe mais la main est courte

Et le saule a soif sur la berge du fleuve

Il y a un commencement à tout ce qui est planté en terre

Parce que la fin est un zéro à gauche de la vérité.

Ton voyage peut durer au temps de la farce

Jusqu’à ce que sèche l’encre sur le papier buvard.

Ne demande pas où commence le fil

Et où va la montagne après s’être couchée dans la mer

À toute chose son temps avant Adam et ève

Calculé sur l’ordinateur du premier temps.

Pour comprendre le langage des origines

Il nous faut lire l’écriture sur les murs des rois.

 (Traduit du dialecte libanais par Jad Hatem)

 

 

Le long poème

(Extrait)

 

Je ne vois aucun seigneur dans la multitude. Les pélicans se déploient sur le lac, et nul aigle ne pointe à l’horizon. Les eaux stagnent et les rives sont plus proches que le nez. Lourd est l’air. Lourde est la lumière. Si l’âne parle, ce n’est pas un miracle. Si l’aveugle voit, ce n’est pas un miracle. Si le mort ressuscite, ce n’est pas un miracle. Le miracle est chiffre dans une machine et sans mystère le ciel.

J’étais silencieux tandis que je parlais. La femme près de moi est un manteau stérile.

Je boirai et le calice est vide. Je sourirai et ma bouche n’a pas de lèvres. Je moissonnerai un champ que j’ai semé dans l’obscurité.

Je suis la nuit et les voleurs m’attendent.

Je planterai sur le trottoir un verre que j’imagine comme une femme. Un peu de chaleur ! Mon corps est froid comme une malédiction.

[…]

Le renard mange et je suis affamé. Le mur s’élève et je suis accroupi. La pierre est un monceau de désirs et de flammes et je ne suis qu’un cube de glace dans un verre d’alcool.

O félicité, fais signe. Sur les pelouses, l’enfant rit. La femme enfourche le vent. Au soleil d’automne, le vieillard s’assoit sur sa nuque.

Je suis périssable alors de quoi ai-je peur ? Je suis immortel, comment veux-tu que je m’assoie ? Tu es lâche seigneur ! Tes yeux ne voient que le pied d’une montagne. Qui voit le sommet ? Qui étreint le pin puis se prosterne ? Qui va causer la mort de dieu pour que nous ressuscitions ?

 

Mes yeux sur les horizons, et mon front dans l’obscurité.

Le frère que j’aime est parti sans retour. Depuis le début du printemps, j’attends et je pleure.

Le ciel est couvert de nuages et nulle voile. Le flux est vide, même de sable. Le reflux est un poing d’avare. Il n’y a que des filets dans les ports. Et les filets sont une paume clouée dans le vent.

La coloquinte est dans ma bouche où gîtent les abeilles.

écoute-moi. Ma mère est stérile. Un prêtre dans un temple, mon père. Je suis à la fois aliéné et faiseur de miracles. Mon dieu renseigne sur moi. Mon corps renseigne sur moi. Mets ton doigt, mon maître, sur la trace des clous. Les marchands ont envahi le temple. Quant à moi, même ma femme m’a abandonné.

Qu’un autre parle. Laissez-moi me taire. Les cuisses de nos femmes sont sur le trottoir. Leurs seins ne sont que des marchandises. Enseignes lumineuses sont leurs lèvres.

 

Ne dansez pas sur ma tombe. Je ne suis pas encore mort. Depuis l’aube, je tourne la tête, et ne vois aucun seigneur dans la multitude.

Les coléoptères ont avalé leurs têtes dans les cités des sauterelles. Les chats copulent dans les jardins. Les rats sont soldats du roi, leur arme est faite de pieds de mouches noyées dans la fange.

À qui sont ces yeux de pistache ? La mollesse de ces croupes ? Ces ventres aux rythmes opulents qui tremblent comme un roseau dans le vent ?

Je suis la douce forêt, dit le couard. Un carrefour, dit l’estropié.

Mes mots sont fermes comme du charbon, noirs comme les corbillards.

Arrachez-moi le cœur, messieurs. Nourrissez-le avec des oiseaux de proie. La connaissance que j’ai volée pour le peuple va sombrer avec moi dans l’abîme.

 

 

Que les veines seules déclament !

 

Les arbres abandonnent le silence et pleurent leur antique dieu. Aucune feuille sur le corps. Leurs seuls vêtements sont les veines.

Dans le jardin il y a de l’eau.

L’air vacille dans le vide. La lumière vacille dans le vide. L’espace vacille dans le vide.

Et voilà le gardien avec son bâton. Sur son épaule une épée de papier, dans sa bouche un sifflet en veine de sel.

Dans le jardin, seuls restaient des moineaux. Les grands oiseaux avaient braqué l’aube. On ne les voyait plus.

Le jardin n’a pas de clôture.

La plaine grimpe sur la montagne. La montagne monte vers la mer. La mer est une forêt de gestation et de naissance.

Et les arbres pleurent leur antique dieu. Il n’est pas encore mort. Son bras est un nuage dans l’horizon du silence.

Que les veines seules déclament ! Et que tes larmes reviennent alors à la terre.

 

 

Les passants

 

Interdite au voisinage, la maison est ouverte

Aux passants.

L’hiver a percé la haie. Un hiver dur.

Maintenant chaque pluie

Fait bouger une pierre ou deux,

Affaiblit l’édifice

Et tout ce qui reste.

 

À ses pieds dévale le jour,

Il se plie puis brusquement

Vers le grand large s’éloigne.

 

Et lorsque tombe le soir,

On imagine voir le jour

Dévoiler son secret et répéter en silence

Les ténèbres de ses souvenirs.

 

La maison consiste en quelques gens

Qui aperçoivent non des broutilles

(un voyageur, de retour, s’engageant

dans les mers, une forêt marchant au combat),

Mais la tâche

De faire rouler le masque (c’était un roc).

 

Et chaque passant

Efface ce qui est derrière lui, marche

Tel un éclair d’épée dans le noir : pas d’appel

à l’aide au bord de la route, pas de sang

(il s’est déjà transformé en vin)

Et les passants ne sont que brise et argile.

 

 

Caïn l’immortel

 

Dans le dernier virage, tu t’incurves

Avec le chemin, tandis que tes yeux

Dévorent le lointain, idole dressée vers les cieux.

 

L’idée de retour s’estompe.

Un choix est devant toi : tomber ou atteindre

Le point de jonction des lignes.

C’est ainsi jusqu’à l’inscription

D’un verset sur le mur. Tu crois peut-être

Que le poing de dieu s’ouvrit

Et te fit signe ? Non,

Tu n’es qu’un corps de feuilles d’angoisse

Mangé de regards.

Tu gémis, et plantes une malédiction

Telle la côte d’Adam, alors tu es en partance

Vers les zones interdites, abîme

Entre les deux rivages

De ta grande mort, et tu ignores

à qui tu appartiens ?

Ceux qui assistent à tes obsèques

Savent bien qu’il n’y a personne dans le cercueil :

Caïn ne meurt pas.

(A. K. El Janabi et Mona Huerta)