Salwa al Neimi

195 ? (Damas, Syrie)-

 

Rédactrice au quotidien al-Qods al-Arabi, auteur de trois recueils poétiques Parallèles (Paris, 1980), La tentation de ma mort (Le Caire, 1996), Ceux que j’aime sont tous partis (Le Caire, 1999) et d’un recueil de nouvelles Le livre des secrets (Le Caire, 1994), Salwa al-Neimi, après des études de langue et de littérature arabes à l’université de Damas où elle naquit, s’installe à Paris au début des années soixante-dix, pour étudier la philosophie musulmane, le théâtre et le cinéma. Elle y réside toujours et travaille en qualité de chargée de presse au département de communication de l’Institut de monde arabe. Son œuvre aborde le jardin secret de l’éros arabe dans un langage audacieux et plein d’humour.

 

 

Miel est mon nom

 

Je suis une femme qui passe sans être vue

(Pourquoi, donc, me nommer miel ?)

Ma chevelure n’a rien d’une nuit gitane, mes yeux

Sont ternes et tant d’autres de mes traits leur ressemblent.

 

(Que faire de mes doigts lorsqu’il me regarde ?)

L’odeur de la couleur blanche, des stérilisants, des couloirs de la peur.

(Que faire de ma langue lorsque je retourne sur mes pas ?)

Ma tête est dans un trou et mon corps est un chiffon

 à la dérive, qui fuit mes yeux,

Et mes pieds tâtent le sol froid comme mon cadavre.

 

Pourquoi me nommer miel,

Si je suis inodore ?

Suis-je morte à mon insu ?

 

 

Qui chevauche la mer…

 

De la beauté, je ne vois que ce qui me tente.

Au bord de la mer, un homme noir m’a rencontrée.

Il mange le fruit en me regardant

Ses lèvres puissantes se mouillent en me regardant

Son menton se mouille en me regardant.

Ses doigts. Ses dents. En me…

Je mouille, aussi, et me demande

Si cette belle noirceur est contagieuse ?

 

 

Scène finale

 

L’homme solennel analyse les résultats des élections

Et évalue le prix des dessous féminins

Un autre pose sa montre devant lui et me désire

(avec la concupiscence de tous les hommes qu’il imagine dans mon lit)

 

Et moi ? Lentement je mijote, seule,

Dans une grande marmite

Et c’est moi qui tourne autour,

Et pousse des cris de victoire.

 

Si la pauvreté …

 

Des arbres je ne connais que les images dans les livres

Et les noms dans les dictionnaires

C’est vrai pour beaucoup d’autres choses :

Les insectes, les herbes, les fleurs, les métaux,

Les pierres. Mais plus complexes sont les idées :

Elles n’ont pas d’image.

 

Elles s’emmêlent dans ma tête,

Se mélangent, s’embrouillent, se liquéfient

Tel le plat des pauvres.

 

(Antoine Jockey, A. K. El Janabi et Mona Huerta)


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